Quand le FMI veut saisir l'épargne :

Et si nous étions tous des Chypriotes ?

 

Décidément, tout le monde semble se creuser la tête pour inventer de nouveaux prélèvements. Après le délirant impôt sur les « loyers fictifs » des propriétaires qui auraient fini de payer leur emprunt, le FMI évoque l’idée d’une taxe exceptionnelle de 10% sur l’épargne pour réduire la dette !

 

Chypre, puissance zone euro

C’est à Chypre que cette idée ancienne, et rarement, mais parfois, appliquée, a été remise au goût du jour, avec une sacrée violence. A l’origine, c’était une ponction de tous les dépôts qui avaient été prévues par les autorités du pays et la troïka. Las, la révolte de la population a imposé une renégociationpour ne faire porter la taxe que sur les montants supérieurs à 100 000 euros. Au début, on parlait de 30%. Finalement, c’est pas moins de 47,5% des fonds supérieurs à 100 000 euros qui ont été saisis. Et dire que ses partisans disaient que l’euro protégeait l’épargne des européens…

 

Du coup, devant la montée des dettes publiques, notamment dans la zone euro, le FMI avance une option bien audacieuse : pour ramener les ratios de dettes à leur niveau de 2007, il faudrait une taxe exceptionnelle de 10% sur tous les ménages disposant d’une épargne nette positive. Le Figaro rappelle qu’un institut de conjoncture allemand, DIW avait calculé en 2012 qu’une taxe de 3,4% sur l’épargne des ménages possédant plus de 250 000 euros pourrait générer la bagatelle de 100 milliards d’euros, près de 4% du PIB de l’Allemagne, pour alléger la dette publique du pays.

 

Qui sont les vrais bénéficiaires ?

Sur le principe, nous pensons qu’une telle saisie est à proscrire. Il existe bien d’autres moyens de gérer la dette publique, que ce soit par la monétisation ou un très léger regain d’inflation. Mais pour habiller sa proposition, le FMI la présente comme une initiative redistributive et adaptée au contexte actuel. Il soutient que la crise a été si violente que nous sommes dans une situation proche d’une sortie de guerre et que de telles solutions ont parfois été mises en place, comme en Italie ou au Japon. L’Italie avait eu recours à un procédé proche, mais sur des montants limités au début des années 1990.

Comme le note bien Marianne, le rapport propose également d’augmenter les taux d’imposition des tranches supérieures de revenu. Le FMI souligne également que la fiscalité sur l’épargne est plus progressive, ce qui est juste vu que l’épargne est plus concentrée encore que les revenus. Cependant, de manière intéressante, la proposition du fond consiste à taxer toute l’épargne, sans la moindre franchise. En outre, se pose aussi la question de la désertion fiscale ou des montages qui permettraient de minimiser l’épargne nette. Et puis, en l’absence de frontières, les plus riches pourraient déserter.

 

On peut aussi se demander qui seraient les principaux bénéficaires d’une telle mesure ? Il faut notamment se poser la question de la différence par rapport à la monétisation ou un léger regain d’inflation. Cette taxe viendrait in fine au bénéfice des créditeurs de la dette publique, qui ne risqueraient plus de perdre une partie de leurs créances ou de la voir minimisée par un regain d’inflation. Et au final, on peut se demander si ce ne serait pas les banques qui seraient les premières bénéficiaires, comme créancières protégées, tout en ne subissant pas la moindre taxation supplémentaire ?

Décidément, la créativité fiscale, monétaire et budgétaire pour assurer que les banques recouvrent leurs créances n’a pas de limite. Au final, le scénario d’une ponction exceptionnelle sur l’épargne des européens posent de très nombreux problèmes et semble assez révoltante.